« Fait main » en céramique : un engagement que nous revendiquons

En tant qu’équipe enseignante et praticiens à Casa Ceramica, nous sommes régulièrement interrogés sur ce qui distingue une pièce de poterie « faite main ». Dans un marché où l’étiquette « handmade » se décline à l’infini, il est important d’expliquer clairement notre vision. Nous ne cherchons pas à juger les techniques modernes ou industrielles ; nous souhaitons simplement que les mots aient un sens et que le savoir-faire soit reconnu à sa juste valeur.

Une expression qui prête à confusion

Depuis des siècles, chaque innovation technique a soulevé des réticences. Les potiers égyptiens voyaient le tour comme un outil de productivité qui trahissait la tradition du façonnage à la plaque ; l’apparition des tours motorisés, puis du jiggering et du moulage, a suscité les mêmes débats. Aujourd’hui, c’est l’imprimante 3D ou le design paramétrique qui déplace la ligne. Beaucoup présentent des objets conçus en CAD et coulés ou extrudés comme des œuvres « faites à la main ». La réalité est plus nuancée : des recherches récentes montrent que le procédé repose sur un travail en amont (modélisation, préparation de la terre) puis sur un moule ou une machine qui détermine la forme . Un système comme CoilCAM transforme même des gestes manuels en algorithmes pour piloter une buse . De nombreux potiers qui explorent l’impression 3D soulignent que cette technique exige un apprentissage complet, de la préparation de la terre à la maîtrise du logiciel, et qu’elle ne s’improvise pas .

Ce que nous appelons « fait main »

Pour nous, une pièce est « faite main » lorsque la forme finale est directement modelée par les mains du potier. Cela ne signifie pas que la pièce sera nécessairement plus belle ou mieux réussie ; cela signifie que son volume résulte d’un geste humain maîtrisé. Trois critères nous paraissent essentiels :

  • Le façonnage direct : la masse d’argile est montée au tour ou à la plaque et mise en forme sans gabarit préexistant. La main imprime une sensibilité, et l’objet évolue au fil du processus.
  • La flexibilité de la production : un demi-centimètre de plus ou de moins se décide en un instant, sans reprogrammation ni fabrication d’un nouveau moule.
  • Un apprentissage long : acquérir la maîtrise du tournage ou du modelage demande des années de pratique. À l’inverse, les techniques de coulée ou d’impression peuvent être transmises plus rapidement, même si elles nécessitent d’autres compétences .

Ce n’est pas une hiérarchie de valeur : des pièces coulées ou imprimées peuvent être magnifiques, et nous les admirons. Mais nous tenons à ce que le terme « fait main » conserve son sens premier.

Accueillir l’innovation sans perdre le geste

Nous utilisons nous-mêmes des moules et des outils contemporains lorsque cela sert le projet : pour réaliser un prototype, pour reproduire une pièce dans un contexte pédagogique ou pour étudier un émail. Les webinaires et conférences de la Société américaine de céramique soulignent d’ailleurs la synergie entre conception numérique et moulage traditionnel . Mais nous veillons à nommer ces techniques pour ce qu’elles sont, et à rappeler qu’une forme créée par un programme informatique ou un moule est un travail moulé ou imprimé, pas un travail fait main. Des potiers expérimentant l’impression 3D témoignent que cette voie est longue et qu’elle ne supprime pas la part de compétence humaine , mais l’outil reste déterminant dans la forme finale. 

Ce que nous transmettons à Casa Ceramica

Notre formation professionnelle est structurée autour des gestes. Les élèves apprennent à centrer, monter, creuser, à comprendre la consistance de chaque terre, à ajuster un cylindre ou une anse. Nous avons choisi d’en faire notre priorité car nous pensons que c’est en maîtrisant cette base que l’on gagne ensuite la liberté d’explorer d’autres techniques. Nous abordons aussi le moulage, la coulée, l’impression 3D ou la conception numérique pour que chacun puisse comprendre les enjeux contemporains et se positionner en connaissance de cause.

Dans un contexte où l’étiquette « handmade » est parfois utilisée à tort et à travers, notre exigence est une marque de respect : respect pour les apprenants, respect pour les collectionneurs et respect pour l’histoire de notre métier. Chez Casa Ceramica, nous ne dénigrons aucune technique, mais nous revendiquons une définition claire : un pot est « fait main » lorsque la main est l’outil de façonnage, et nous continuerons à former des céramistes qui portent cette vision.


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