Depuis plus de vingt ans, les publications LATARA du Centre archéologique de Lattes (CETAM) documentent en détail la production céramique du sud de la France, de l’âge du Fer jusqu’à l’époque gallo-romaine. À travers ces volumes — véritables feuilles de mémoire du territoire — c’est toute une histoire des formes, des gestes et des usages qui s’écrit entre Montpellier, Lattes, Sète et la Méditerranée occidentale.
Chez Casa Ceramica, centre de formation professionnelle au tournage en céramique basé à Sète, ces archives archéologiques nourrissent quotidiennement notre pédagogie. Non pas comme une référence figée, mais comme un socle vivant, ancré dans les terres mêmes que nous façonnons.
Les typologies établies dans LATARA révèlent une intelligence de la forme profondément liée à la fonction : gobelets carénés, cruches à bec pincé, amphores vinaires, mortiers à talon, vases à panse ovoïde… Chaque ligne, chaque volume, répond à un usage précis. Ces objets utilitaires, produits en série dans les ateliers antiques de Lattara ou de la Narbonnaise, étaient pensés pour accompagner les gestes du quotidien : verser, contenir, servir, conserver, transvaser.
Ces formes, on les retrouve en filigrane dans les productions artisanales régionales, jusque dans les pièces réalisées aujourd’hui par nos apprenants. Comprendre pourquoi une lèvre est épaissie, pourquoi une anse est plate, pourquoi un pied est creux, c’est lire dans la forme une somme de décisions techniques et culturelles. C’est aussi apprendre à concevoir ses propres pièces non pas à partir d’un « style », mais à partir d’une logique d’usage — une démarche que nous valorisons dans toutes nos formations.
Les volumes de LATARA ont également l’intérêt de replacer le territoire occitan dans un vaste réseau d’échanges méditerranéens. De Lattes à Empúries, de Marseille à Aléria, les formes circulaient, s’adaptaient, se réinventaients. L’influence étrusque, grecque, puis romaine ne s’est pas imposée verticalement : elle a été digérée, réinterprétée, hybridée par des ateliers gaulois aux savoir-faire solides.
Ce métissage technique est au cœur de notre démarche. À Casa Ceramica, nous enseignons le tournage traditionnel à la main, mais aussi la lecture critique des formes anciennes, l’analyse des émaux historiques, la compréhension des terres et des cuissons utilisées dans les ateliers antiques. Le lien entre archéologie et pratique contemporaine est direct : former un céramiste, c’est aussi l’armer d’une culture du geste enracinée.
Notre école accueille aujourd’hui des apprenants venus de toute la région Occitanie — Montpellier, Nîmes, Toulouse, Béziers, Narbonne — et au-delà. Grâce à notre certification Qualiopi et à l’inscription de notre formation au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP 36337), nous participons pleinement à la redynamisation du secteur des métiers d’art et des formations en tournage céramique dans le sud.
Située à quelques kilomètres à peine du centre archéologique de Lattes, Casa Ceramica s’inscrit dans une continuité géographique et culturelle cohérente. Le passé archéologique de la région n’est pas une anecdote : c’est un levier de transmission, de création, et de formation. Les potiers d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, façonnent leur terre dans un paysage chargé de mémoire.